Pourquoi des postes restent vacants alors que des personnes cherchent un emploi, selon une étude locale

Une étude menée auprès de 159 acteurs à Caen et dans le Sud explique ce paradoxe par l’éparpillement des initiatives, que l’échelon local pourrait réunir.

Pourquoi des postes restent vacants alors que des personnes cherchent un emploi, selon une étude locale
Pourquoi des postes restent vacants alors que des personnes cherchent un emploi ? Une poignée de main dans une salle de réunion illustre ici le thème du recrutement.

En bref

  • Des obstacles sans lien avec les compétences freinent la rencontre entre candidats et employeurs.
  • Les chercheurs avancent le terme « employeurabilité » pour décrire la part de responsabilité des entreprises.
  • Les solutions existent déjà localement, mais restent dispersées.
  • La coordination se heurte à la concurrence pour les financements et aux rapports de pouvoir.

Le décalage entre postes vacants et personnes sans emploi ne s’explique pas par une seule cause, et la réponse la plus prometteuse est locale : coordonner les nombreuses initiatives déjà présentes dans chaque bassin d’emploi. C’est la conclusion de chercheurs dont l’analyse a été publiée le 21 octobre 2026 par The Conversation France.

Un paradoxe chiffré

8,3 %taux de chômage au deuxième trimestre de 2026
43,8 %des entreprises déclarant des difficultés de recrutement
2,28 millionsde postes à pourvoir pour 2026
159entretiens réalisés pour l’étude

Ce contraste ressort des dernières études de l’Insee et de France Travail consacrées aux besoins de recrutement, que mentionnent les auteurs : le chômage atteint 8,3 % au deuxième trimestre de 2026, alors qu’en parallèle environ quatre employeurs sur dix affirment avoir du mal à embaucher.

Afin d’y voir plus clair, l’équipe de recherche a réalisé 159 entretiens avec des personnes sans emploi, des employeurs, des élus, des structures associatives, des centres de formation et des services publics. L’enquête s’est déroulée dans l’agglomération de Caen ainsi que dans une commune du sud de la France qui participe à l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée ». L’article qui en rend compte, « Employabilité : un écosystème territorial pour en surmonter la complexité », est publié dans la Revue internationale du travail.

Ce qui sépare une offre d’un candidat

On résume souvent le paradoxe à un écart entre compétences disponibles et besoins des employeurs. Les auteurs jugent la réalité plus complexe, et leurs résultats pointent des freins des deux côtés.

  • Côté personnes : mobilité, logement, garde d’enfants, accès au numérique, information, confiance en soi. Quelqu’un peut posséder les compétences requises et rester loin de l’emploi faute de véhicule ou de solution de garde.
  • Du côté des entreprises : manières de recruter et attrait du métier. Une entreprise peut évoquer un manque de main-d’œuvre alors que les candidats sont rebutés par les horaires, le salaire ou la réputation du poste.

Les auteurs proposent pour cela le mot « employeurabilité », qui désigne l’aptitude des employeurs à ouvrir des emplois accessibles, à recruter autrement, à former des profils prometteurs, à attirer puis à garder leurs salariés. Cette idée concerne en priorité les petites entreprises, peu dotées en temps et en expertise interne. D’après les auteurs, le tissu local peut dans ce cas partager une aide en gestion des ressources humaines, mettre en place des stages d’immersion et inciter à desserrer des exigences de sélection trop strictes.

Une femme souriante en chemise blanche et lunettes, accoudée à un comptoir d’accueil dans un open space lumineux.
Une employée accoudée à un comptoir d’accueil dans un bureau en open space, avec des postes de travail en arrière-plan. Photo : Mikhail Nilov / Pexels

La géographie joue également : à la campagne ou en périphérie des villes, une courte distance de quelques kilomètres peut devenir une barrière décisive lorsque les bus et trains sont peu nombreux et que le déplacement consomme une bonne partie du salaire espéré.

Des initiatives nombreuses, mais éparpillées

Selon les chercheurs, les politiques nationales assurent des droits et des financements, mais leur mise en œuvre doit s’appuyer sur la réalité de chaque territoire : profils des demandeurs, entreprises présentes, métiers en demande. Dans les deux territoires étudiés, les réponses existent. Certaines associations aident à écrire un CV, des centres de formation ajustent leurs cursus, des collectivités facilitent les déplacements ou l’accès au numérique, et France Travail rapproche entreprises et candidats. La difficulté tient moins au manque d’initiatives qu’à leur éparpillement.

Les enquêtes mettent en avant des intermédiaires locaux qui font office de « chef d’orchestre », par exemple une cellule emploi intercommunale ou une association du territoire. Autour de Caen, ces acteurs relient suivi professionnel, ateliers consacrés aux déplacements et formations. Dans la commune du Sud, des rencontres entre intervenants ont permis de préciser le rôle de chacun et les complémentarités pour aider les personnes éloignées de l’emploi depuis longtemps, et de lancer des projets d’entreprise fondés sur les ressources du lieu.

Les tensions et les conditions de réussite

La coordination ne va pas de soi. L’étude constate une rivalité pour obtenir des financements, des relations de domination entre grosses institutions et petites associations, des objectifs qui divergent et une coopération délicate à faire durer. Elle ne porte en outre que sur deux territoires, et elle ne produit aucun résultat chiffré sur l’effet des dispositifs évoqués.

Les auteurs rejettent l’idée d’empiler les programmes. À leurs yeux, une politique locale de l’employabilité exige un état des lieux commun, un budget clairement prévu pour la coordination, et un pilotage qui rassemble employeurs, services publics, associations, collectivités et personnes directement touchées. Ils estiment plus porteuse l’approche des « personnes dans les territoires », qui suit chacun individuellement tout en agissant sur le contexte local afin que l’emploi soit réalisable, abordable d’accès et pérenne. Elle surmonte l’opposition entre les politiques tournées vers les individus, qui peuvent négliger les contraintes du territoire, et celles tournées vers les lieux, qui risquent d’oublier la spécificité des parcours.

Photo : Sora Shimazaki / Pexels