Le spread OAT-Bund atteint 174 points, son plus haut depuis 2011

L’écart entre l’OAT et le Bund à 10 ans mesure la prime exigée pour prêter à Paris plutôt qu’à Berlin, et il pèse sur la charge

Caroline Fontanel Par Caroline Fontanel
Le spread OAT-Bund atteint 174 points, son plus haut depuis 2011
Un homme consulte des graphiques sur une tablette devant plusieurs écrans, dans un bureau. Photo d’illustration.

En bref

  • Le spread franco-allemand est l’écart de rendement entre l’OAT à 10 ans et le Bund à 10 ans.
  • Il a atteint 174 points de base le jeudi 22 octobre, son plus haut niveau depuis 2011.
  • La dette publique française avoisine 120 % du PIB, ce qui alourdit le coût de refinancement.

Le spread est l’écart de rendement entre les emprunts de deux États, et en France le mot désigne presque toujours la différence entre le taux de la dette française à 10 ans et celui de son équivalent allemand. Selon MoneyVox, cet indicateur est devenu un thème récurrent des commentaires de marché, car il traduit la défiance des investisseurs à l’égard de Paris.

Ce que mesure le spread, et pourquoi l’Allemagne sert de référence

Le terme est emprunté à l’anglais, où il désigne simplement un écart de taux. Il reste donc générique : on pourrait comparer n’importe quels titres. Dans l’usage courant des observateurs français, il renvoie au spread franco-allemand, c’est-à-dire à la différence de rendement constatée à un instant donné entre l’OAT à 10 ans et le Bund à 10 ans.

Pour comprendre ces sigles, il faut partir de l’émetteur. L’État français finance ses dépenses en émettant des obligations assimilables du Trésor, les OAT, dont les échéances s’échelonnent de 2 à 50 ans. La maturité de 10 ans fait office de référence sur le marché. Le Bund est son pendant allemand, à la même échéance.

Si l’Allemagne sert d’étalon, c’est que les marchés la tiennent pour l’emprunteur de référence en Europe, notamment grâce à la bonne tenue de ses finances publiques. Le spread exprime donc la prime de risque réclamée par les investisseurs pour prêter à la France plutôt qu’à l’Allemagne : plus l’écart est large, plus la compensation exigée est élevée.

Un niveau qui ne se lit pas seul

174 points de basespread atteint le jeudi 22 octobre
2011dernière fois qu’un écart aussi élevé avait été observé
5 %seuil franchi par le rendement exigé, inédit depuis 2002

Le rendement demandé aux emprunts français a dépassé 5 % durant la semaine évoquée par MoneyVox, un niveau que l’on n’avait plus vu depuis 2002. Ce chiffre frappe, mais il ne dit pas tout de la méfiance : celle-ci se révèle surtout quand on compare ce rendement à celui de titres analogues. C’est précisément l’office du spread.

Or l’écart ne cesse de grossir. Le jeudi 22 octobre, il a touché 174 points de base, soit 1,74 point de pourcentage, son plus haut niveau depuis 2011. La hausse des taux peut en effet toucher plusieurs pays à la fois ; le spread, lui, isole la part propre à la France.

Ce qui alimente la méfiance

Les facteurs cités autour de cette hausse forment un faisceau plutôt qu’une cause unique :

  • Une dette proche de 120 % du PIB, niveau très élevé qui pèse sur la perception de la solvabilité.
  • Un besoin d’emprunt important : l’État doit émettre des titres en grande quantité pour financer ses dépenses.
  • Des doutes sur le redressement des comptes : les marchés s’interrogent sur la capacité de la France à les rétablir durablement, ce qui renchérit le coût du refinancement.
  • Des risques perçus : déficit public élevé, croissance faible, instabilité politique et tensions sociales figurent parmi les motifs invoqués.

Ces éléments expliquent pourquoi les emprunts de l’État coûtent de plus en plus cher. Lorsque la prime de risque augmente, chaque nouvelle émission se négocie à un rendement plus élevé que les précédentes, et l’écart avec l’Allemagne devient le thermomètre le plus lu de cette tension.

Photo : AlphaTradeZone / Pexels