Quand les droits de vote dépassent le capital, le coût du maintien des emplois se répartit mal
Une étude portant sur le SBF 120 entre 2005 et 2021 montre que les groupes familiaux conservent des salariés au-delà de ce que leur activité justifie.

En bref
- Le sous-licenciement consiste à garder plus de salariés que la situation économique ne le laisserait attendre.
- L’étude porte sur des entreprises du SBF 120 entre 2005 et 2021.
- Les droits de vote qui dépassent la part du capital accentuent le phénomène.
- Le choix protège les emplois à court terme, mais peut peser sur la rentabilité à long terme.
Le sous-licenciement désigne le fait, pour une entreprise, de conserver davantage de salariés que l’évolution de son activité et de sa situation économique ne le laisseraient attendre. Selon des chercheurs dont les travaux sont présentés par The Conversation France, ce comportement est particulièrement présent dans les entreprises familiales.
Un terme trompeur, une étude sur le SBF 120
Les chercheurs ont travaillé sur un panel de sociétés françaises appartenant au SBF 120, suivies de 2005 à 2021. Leur point de départ est simple : quand l’activité décline durablement, couper dans les effectifs semble le choix rationnel sur le plan économique, et pourtant les entreprises n’adoptent pas toutes le même comportement.
Le terme est source de malentendus : parler de sous-licenciement n’revient pas à dire qu’une entreprise s’abstient de tout licenciement. Les auteurs proposent un exemple, illustré plus bas.
L’entreprise a bien licencié, mais l’écart de 70 salariés est précisément ce que les chercheurs appellent le sous-licenciement.
Réputation familiale et droits de vote
Conserver des salariés dont le poste n’est plus entièrement justifié par le niveau d’activité peut sembler paradoxal. Dans une entreprise familiale, toutefois, les décisions ne reposent pas uniquement sur des critères financiers : pour la famille propriétaire, l’entreprise représente son identité, son histoire et sa réputation. Supprimer des postes entraîne dès lors un coût en termes d’image, moins visible mais considérable, puisque la perception de l’entreprise se confond avec celle de la famille qui en détient le contrôle.

Les droits de vote tiennent un rôle central. Quand la famille dispose d’un pouvoir de décision supérieur à sa part du capital, elle influence les orientations de l’entreprise sans y avoir investi à proportion équivalente. Elle défend sa réputation, mais n’en supporte pas seule le coût : celui du maintien des emplois est partagé entre l’ensemble des actionnaires. Les résultats confirment que plus l’écart entre pouvoir décisionnel et capital est large, plus le sous-licenciement est marqué. Ceux qui tirent le plus de bénéfice de la préservation de la réputation ne sont donc pas forcément ceux qui en assument pleinement le coût.
Un arbitrage entre aujourd’hui et demain
Les auteurs refusent de qualifier le sous-licenciement de stratégie intrinsèquement bénéfique ou préjudiciable. Le tableau suivant met en regard les effets selon l’horizon.
| Horizon | Effets décrits |
|---|---|
| Court terme | Emplois préservés pour les salariés, réputation protégée, confiance renforcée avec les collaborateurs et les parties prenantes |
| Long terme | Poids possible sur la rentabilité, capacité à maintenir durablement l’emploi fragilisée |
Pour : les salariés gardent leur poste et l’entreprise consolide la confiance de ses parties prenantes.
Contre : des charges salariales que l’activité ne justifie plus pleinement continuent de peser sur les comptes.
Voilà le paradoxe souligné par les chercheurs : en protégeant aujourd’hui un capital immatériel précieux, à savoir la réputation familiale, l’entreprise risque de fragiliser demain sa stabilité économique et sa pérennité. Ce lien demeure une possibilité, pas une certitude démontrée.
L’Afpa, un contexte de suppressions de postes
L’étude est rapprochée d’un fait d’actualité récent : l’Afpa, c’est-à-dire l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes, a dévoilé un important plan de restructuration qui comporte plus de 800 suppressions de postes, alors que son activité recule. Cet exemple sert d’illustration et ne signifie pas que l’Afpa pratique le sous-licenciement.
Photo : RDNE Stock project / Pexels



