Analyses et études

Livret A à 30 000 euros : un amendement adopté, rien d’acquis

Porté par Éric Coquerel, l’amendement vise 5 milliards d’euros pour rénover le logement social, mais la séance publique, le Sénat et Bercy restent à convaincre.

Livret A à 30 000 euros : un amendement adopté, rien d’acquis
Une tirelire en forme de cochon et quelques pièces posées sur une surface en bois, image d’illustration sur le thème de l’épargne.

Rien ne change encore pour les détenteurs d’un Livret A, mais un premier vote a eu lieu. Vendredi 9 octobre 2026, la commission des finances de l’Assemblée nationale a adopté un amendement au projet de budget 2027 qui relèverait le plafond de dépôt de 22 950 à 30 000 euros. Ce n’est qu’une étape : tant que le texte n’est pas définitivement voté et promulgué, la limite actuelle s’applique, et le livret rapporte toujours 1,70 % l’an, taux en vigueur d’août 2026 à janvier 2027.

En bref

  • Vendredi 9 octobre 2026, la commission des finances de l’Assemblée nationale a adopté un amendement au projet de budget 2027 qui relèverait le plafond de dépôt de 22 950 à 30 000 euros.
  • Le sort de la tranche supplémentaire dépendrait donc de deux lois, pas d’une seule.
  • D’après 1001web.fr, la proposition n’avait été ni tranchée par Matignon ni validée par Bercy, et une réponse ministérielle du 21 juillet 2026 plaidait pour la stabilité de l’épargne réglementée.

Ce que contient l’amendement

22 950 €plafond actuel du Livret A
30 000 €plafond proposé par l’amendement
7 050 €de capacité de dépôt en plus par épargnant

Le texte est signé du député Éric Coquerel, de La France insoumise. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avait déjà avancé cette piste d’un plafond à 30 000 euros en septembre, dans son Plan national d’adaptation au changement climatique, rappelle 1001web.fr. Le vote en commission est donc un premier signal parlementaire sur une piste jusque-là évoquée par le gouvernement, et rien de plus à ce stade.

Un fléchage vers le logement social et un avantage fiscal limité dans le temps

L’amendement n’est pas présenté comme une mesure de pouvoir d’achat. Il vise à orienter davantage d’épargne vers le financement de la rénovation des logements sociaux, avec 5 milliards d’euros à dégager. Pour y parvenir, il augmente la proportion des dépôts du Livret A que les banques centralisent auprès de la Caisse des dépôts et consignations, l’institution publique qui finance une large partie du logement social. Une part plus grande de la collecte quitterait ainsi les bilans bancaires pour alimenter ce circuit public.

Un volet fiscal accompagne la mesure. Les intérêts produits par les sommes déposées au-delà de 22 950 euros échapperaient aux prélèvements sociaux, mais seulement jusqu’au 31 décembre 2029. Pour prolonger cet avantage, il faudrait une disposition particulière dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, un texte distinct qui suit son propre calendrier. Le sort de la tranche supplémentaire dépendrait donc de deux lois, pas d’une seule.

Quant au gain pour l’épargnant, il reste modeste. Au taux actuel, 7 050 euros de dépôts supplémentaires rapporteraient environ 120 euros par an, un calcul simple (7 050 multiplié par 1,70 %) qui changerait avec toute révision du taux.

Échafaudage devant une façade en rénovation, avec isolant argenté, fenêtres bâchées, porte en bois et poutres orange empilées au premier plan.
Un échafaudage longe la façade d’un bâtiment en chantier, isolée par des panneaux argentés, avec fenêtres protégées par des bâches. Source : Pexels. Photographe : Mike van Schoonderwalt. Licence Pexels.

Les banques opposées au relèvement

La Fédération bancaire française s’était déjà élevée contre cette piste, que soutient la ministre Monique Barbut. Son président, Olivier Gavalda, juge le relèvement « une très mauvaise idée ». D’après Capital, il craint qu’un plafond à 30 000 euros ne fasse grossir vite l’encours du livret, et avec lui le montant des intérêts qui échappent à l’impôt.

Il récuse aussi l’argument social. À ses yeux, la mesure ne profiterait pas d’abord aux ménages modestes, puisque ce sont plutôt les épargnants aisés qui ont déjà rempli leur livret jusqu’à la limite actuelle. Enfin, la fédération redoute qu’un plafond plus élevé ne pousse les Français à garder plus d’argent sur un placement liquide et garanti, au détriment des investissements de long terme dont les entreprises ont besoin.

Les deux camps défendent ainsi des lectures opposées : pour les auteurs de l’amendement, l’épargne en plus sert à rénover des logements sociaux ; pour les banques, elle s’éloigne du financement de l’économie productive et bénéficie surtout aux patrimoines déjà constitués.

Le parcours qui reste avant toute application

Un amendement adopté en commission ne produit aucun effet immédiat. Selon MoneyVox, cité par 1001web.fr, les députés doivent examiner le budget 2027 dans l’hémicycle, en première lecture, à partir de mardi, soit le 13 octobre. Les amendements votés en commission peuvent alors être redéposés, modifiés ou abandonnés. Il faudra ensuite qu’un accord se dégage entre l’Assemblée nationale et le Sénat, puis que le budget soit promulgué pour que le nouveau plafond s’applique.

L’exécutif, lui, n’a pas encore arbitré. D’après 1001web.fr, la proposition n’avait été ni tranchée par Matignon ni validée par Bercy, et une réponse ministérielle du 21 juillet 2026 plaidait pour la stabilité de l’épargne réglementée. Pour l’épargnant, la conclusion pratique est claire : aucun versement au-delà de 22 950 euros n’est possible aujourd’hui sur un Livret A, et il n’y a pas lieu de déplacer ses fonds en prévision d’une décision qui peut encore changer de forme ou ne jamais aboutir.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Andre Taissin. Licence Pexels.