Levée des sanctions sur le pétrole russe : 300 000 tonnes de diesel, un effet limité
Moscou promet 300 000 tonnes de diesel à livrer vite, mais ce volume pèse peu face à la consommation américaine, et l’Europe reste en retrait.

Le président américain a annoncé le 9 octobre la fin des sanctions de Washington visant le pétrole russe, assortie d’un accord de livraison immédiate de 300 000 tonnes de diesel.
En bref
- Annonce faite le 9 octobre par le président américain, avec un accord sur 300 000 tonnes de diesel.
- Volodymyr Zelensky dénonce une décision « indigne et faible ».
- Les exportations russes de brut ont progressé de 8 % en septembre.
- Londres promet de maintenir la pression, Berlin se borne à prendre acte.
Une annonce faite pendant que Kiev négocie à Washington
Le calendrier frappe. Au moment de la déclaration, une délégation ukrainienne se trouvait dans la capitale américaine, engagée dans des échanges avec les émissaires de Donald Trump. La réponse de Kiev est venue sans délai, et dans des termes d’une rare sévérité.
« Une décision indigne et faible »
Volodymyr Zelensky, président ukrainien
Le chef de l’État ukrainien a prolongé la charge en présentant les bombardements russes sur son pays comme le « merci » adressé par Moscou à Washington pour cet arrangement.
Côté américain, la motivation est d’abord intérieure. D’après RFI, Donald Trump cherche à faire reculer le prix du carburant à quelques semaines des élections de mi-mandat. Cette logique avait déjà guidé les accords conclus cet été avec le Venezuela et avec le Kremlin.
Des volumes à relativiser face aux besoins américains
Selon le président américain, Moscou s’est engagé à mettre sur le marché 1,8 million de tonnes de diesel au total. Rapporté à la demande intérieure des États-Unis, l’ordre de grandeur reste modeste.

| Repère | Valeur |
|---|---|
| Consommation américaine moyenne de diesel en 2025 (chiffres officiels) | Un peu moins de 4 millions de barils par jour |
| Part théorique couverte par l’accord | Un peu plus de 10 % |
| Principaux clients du pétrole russe | Chine et Inde |
Cette proportion de 10 % suppose que tout le diesel traverse l’Atlantique. Or le volume annoncé constitue un total mondial, pas une enveloppe réservée aux États-Unis. Avec Pékin et New Delhi comme acheteurs dominants, RFI estime que l’effet sur les prix à la pompe américains risque de rester très anecdotique.
Pour Moscou, du brut mieux payé et du diesel rouvert
La Russie n’a pas attendu le feu vert américain pour vendre son pétrole. Ses exportations de brut ont grimpé de 8 % en septembre. Mais tant que les sanctions s’appliquaient, ces barils partaient avec une forte décote. Leur levée ouvre la voie à des ventes à plein tarif, dans un contexte de demande soutenue.
Le diesel obéit à une autre logique. Le Kremlin avait suspendu ses ventes de produits raffinés à l’étranger pour approvisionner son marché domestique, fragilisé par les frappes ukrainiennes réussies contre ses raffineries. Accepter de rouvrir ces flux marque donc un changement de pied pour Moscou.
Des Européens prudents mais pas alignés
La plupart des capitales européennes se sont abstenues de commenter, afin de ne pas peser sur les discussions entre Américains et Ukrainiens qui se tiennent à Miami, où siègent l’Union européenne, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. Deux réactions officielles ont tout de même filtré :
- Londres : Downing Street assure que le gouvernement britannique entend « maintenir la pression » sur le Kremlin.
- Berlin : le porte-parole du gouvernement allemand rappelle qu’un nouveau train de sanctions européennes se prépare et se borne à « prendre acte » de l’accord.
Le désaccord transatlantique n’est pas neuf. Dès mars 2026, lorsque Washington avait une première fois allégé ses sanctions sur le brut russe, le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, avait jugé ce geste « autodestructeur ».
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Downtowngal. Licence : CC BY-SA 4.0.



